Sans vouloir excuser l’intolérable, le haïssable opportunisme/populisme orange qui a refait surface, c’est d’abord la justice qui assume la plus grande responsabilité dans les mouvements de foule désordonnés qui se sont produits lundi à Sarba et, de façon encore plus nocive, hier à Nahr el-Mott et place du Musée, mais qui menacent de se reproduire.
La nature délictuelle de ces mouvements, du moins ceux de Sarba et Nahr el-Mott, ne devrait pas échapper à un œil aussi averti que celui du ministre aouniste de la Justice, Chakib Cortbaoui. Ce dernier a jugé hier que les poursuites judiciaires contre les journaliers de l’EDL, pour obstruction au fonctionnement d’un service public, sont pleinement justifiées. Et dans ce cas, qu’est-ce qu’une autoroute sur laquelle passent, quotidiennement, un million d’automobilistes dans les deux sens, sinon un service public, lui aussi entravé par une action sauvage confinant au crime, puisqu’un usager a failli mourir dans l’embouteillage emporté par une crise cardiaque.
Mais au-delà de ces actions qui pourraient mal tourner – coincée dans l’embouteillage monstre de lundi, une femme parvenue au terme de sa grossesse a accouché ce soir-là à l’intérieur d’une voiture, a révélé le ministre de l’Intérieur –, plus graves encore sont les mouvements de foule qui dressent les uns contre les autres les Libanais du Akkar et du Kesrouan, des sunnites et des chrétiens.
Et une fois de plus, c’est l’absence de justice, c’est l’opacité qui entoure l’affaire du meurtre de cheikh Abdel Wahad et de son compagnon, à un barrage de l’armée, qui sont en cause. On a beau invoquer le secret de l’instruction, la patience des justiciables a des limites. On ne peut reculer indéfiniment les conclusions de l’enquête et rester dans le flou sur l’attribution des responsabilités dans ce qui s’est produit. Au bout de quelques semaines, et ce délai est passé, il faut trancher.
C’est cet inadmissible atermoiement qui aiguise les frustrations des uns et déclenche l’opportunisme des autres. Le commandement de l’armée l’a bien compris, qui a renié les « faux » mouvements d’appui à l’armée qui sont en fait des mouvements d’exploitation de l’armée, des désordres qui portent atteinte à l’unité nationale et devraient être réprimés, avant qu’ils ne fassent trop de dégâts.
Ce qui porte atteinte au moral de l’armée, ce n’est pas l’arrestation ou la réarrestation de trois officiers pour les besoins de l’enquête sur la mort des deux cheikhs sunnites, mais les lenteurs, les hésitations, les craintes, peut-être les lâchetés, qui entourent la proclamation du droit. Et, par-dessus tout, la crainte d’une politisation de la justice. La crainte que des calculs politiques, déguisés en raison d’État, retardent la proclamation du droit. Et sur ce plan, les mouvements de foule n’ont strictement rien à dire. Ce sont des ingérences dans un processus judiciaire effectuées par opportunisme. Et c’est là un exemple de plus de la manière dont la rue prend la relève quand les institutions se bloquent.
Au-delà de la question de justice, le président Sleiman ne devrait-il pas aussi nuancer la doctrine sur l’intervention de l’armée en affectant à la troupe un rôle moins passif dans la répression de désordres qui minent un peu plus, de jour en jour, la confiance que les Libanais ont dans leur institutions ? Après tout, il ne s’agit plus à ce niveau d’options nationales.
À n’en pas douter, le Conseil des ministres qui se tient à Baabda se penchera sur ces questions. Mais c’est à un constat de sa propre responsabilité dans ce qui se passe qu’il est d’abord appelé. Allons-nous assister, par manque de volonté politique, au démantèlement de la solidarité nationale ? Voilà la question que le gouvernement devrait inscrire en tête de son ordre du jour aujourd’hui.


Ces fous de l'Armée libanaise à temps partielle devraient bloquer les routes pour DEMANDER LE SORT DES LIBANAIS DANS LES GÊOLES SYRIENNES.
14 h 26, le 18 juillet 2012