Un combattant sunnite tire à la mitrailleuse dans une rue de Tripoli, alors que d'autres tentent de secourir un blessé. Stringer/
Les heurts confessionnels entre Libanais pro et anti-régime syrien ont fait aujourd’hui lundi cinq morts et plus de 20 blessés à Tripoli, la principale ville du Nord du Liban.
Au total, huit personnes ont péri et une cinquantaine d'autres ont été blessées depuis le début samedi soir de ces affrontements entre résidants des quartiers de Bab el-Tebbaneh, majoritairement sunnites et hostiles au régime syrien, et de Jabal Mohsen, alaouites et sympathisants du régime du président Bachar el-Assad. Depuis dimanche soir, 21 civils, dont des femmes et des enfants, ont été blessés, selon une source au sein des services de sécurité. De plus, deux soldats ont été touchés par des tirs alors qu'ils tentaient d'ouvrir la route séparant les deux quartiers, selon un communiqué de l'armée.
Ces heurts ont éclaté après des échanges de tirs samedi soir entre l'armée libanaise et des islamistes réclamant la libération d'un des leurs, Chadi Mawlaoui, 27 ans.
Chadi Mawlaoui s’est fait arrêter en allant percevoir une aide financière auprès de l’association Safadi pour un traitement coûteux requis par l’hôpital où se fait soigner sa petite fille, gravement malade. En fait de rendez-vous, il s’agissait d’un piège tendu par la Sûreté générale.
Selon les autorités libanaises, le jeune homme est soupçonné de "lien avec une organisation terroriste". Aujourd’hui, le commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, le juge Sakr Sakr, a inculpé Mawlaoui et cinq autres personnes "pour appartenance à une organisation terroriste", rapporte l'Agence Nationale d'Information (ANI). Les six inculpés ont été renvoyés devant le juge d'instruction militaire, Riad Abou Ghida.
Cette accusation est réfutée par des jeunes islamistes qui ont dressé, samedi, un camp à l'entrée sud de Tripoli et planté des drapeaux noirs frappés de la profession de foi musulmane, ainsi que des drapeaux de l'indépendance syrienne, symbole de la rébellion, pour réclamer la libération de M. Mawlaoui. Le sit-in se poursuivait aujourd’hui. Ils étaient environ 500 personnes lundi en fin d'après-midi dans le camp improvisé et bloquaient la route principale reliant Beyrouth à Tripoli avec des bennes à ordure et des pneus auxquels ils avaient mis le feu.
La situation a dérapé, samedi, quand ces jeunes hostiles au régime syrien ont tenté de s'approcher d'un bureau du Parti social nationaliste syrien (PSNS), une formation libanaise pro-Assad. Des tirs ont éclaté, l’engrenage sanglant était lancé.
"Nous partirons quand Chadi sera libéré", a affirmé Abdel Qader Hamid, militant salafiste, ajoutant: "Si l'armée essaye de nous forcer à partir, nous nous défendrons, même si 100 d'entre nous doivent mourir".
Le parlementaire tripolitain Mouin al-Meraabi a accusé l'armée de laisser la situation empirer "pour plaire à Damas" qui ne veut en aucun cas que les rebelles ou les réfugiés syriens "voient en Tripoli une zone sécurisée". "La situation est hors de contrôle mais l'armée ne veut pas intervenir sans un soutien politique. Nous leur avons demandé d'entrer dans la zone en leur disant que nous pouvions même marcher devant eux, mais l'armée a refusé", a ajouté le député.
De son côté, un responsable de la sécurité a estimé sous le couvert de l'anonymat que les autorités finiraient par reprendre le contrôle de la situation mais que cela prendrait du temps car la rue est toujours en ébullition.
Dans la soirée, l'armée est toutefois parvenue à entrer dans une partie des quartiers en proie aux combats et s'est déployée dans une zone alaouite et dans une autre sunnite, a constaté un correspondant de l'AFP.
L'armée a informé les parties concernées dans ces zones de respecter le cessez-le-feu et de retirer les hommes armés des rues, a affirmé à l'AFP un responsable des services de sécurité.
La situation lundi soir restait cependant très tendue. Les tirs à l'arme automatique et les tirs de roquettes ont poussé de nombreux résidents à fuir la région.
Par ailleurs, plusieurs explosions ont été entendues lundi soir dans les quartiers de Bab el-Tebbaneh et de Jabal Mohsen, selon différentes sources médiatiques. La chaîne LBC a précisé que deux obus de mortiers sont tombés sur Bab el-Tebbaneh.
Les chaînes OTV et MTV ont pour leur part affirmé que quatre RPG sont tombés lundi soir dans le quartier d’el-Zahriyeh, dans le centre de Tripoli. Un homme de la famille Arabi aurait été blessé.
Plusieurs dirigeants politiques ont lancé des appels au calme pour mettre fin à ces heurts confessionnels, fréquents dans le nord du Liban, sur fond de crise politique en Syrie.
Parmi eux, le Premier ministre Najib Mikati, sunnite et originaire de Tripoli, qui s'est rendu dimanche dans la ville, ainsi que Saad Hariri, également sunnite et dirigeant de l'opposition anti-syrienne, qui a appelé à la "retenue" pour éviter le "chaos", dénonçant toutefois les conditions de l'arrestation de M. Mawlaoui.
Le président Michel Sleiman s’est, par ailleurs, entretenu aujourd’hui avec le ministre de l’Intérieur, Marwan Charbel, et a déclaré que toutes les parties devaient être conscientes des risques que toute instabilité fait peser sur le Liban.
Ce matin, le mufti de Tripoli, Malek al-Chaar a, de son côté, reçu plusieurs membres de la famille de Chadi Mawlaoui ainsi que ses partisans.
Dans ce contexte tendu, Paris a appelé aujourd'hui les Libanais à ne pas importer le conflit syrien.
"La France appelle tous les Libanais à faire prévaloir l'intérêt du Liban sur toutes autres considérations et à privilégier le dialogue, l'unité nationale et la paix civile afin d'éviter d'importer dans le pays un conflit qui n'est pas le leur", a souligné, dans une déclaration, le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Bernard Valero. "La France condamne les violences" et "dans le contexte de la crise syrienne, se tient aux côtés des autorités libanaises dans leur volonté d'apaisement des tensions internes", a ajouté le porte-parole.
Les autorités syriennes affirment que des armes et des combattants passent clandestinement depuis le Liban pour venir en aide aux rebelles qui cherchent à renverser le régime Assad, après 14 mois de révolte réprimée dans le sang.
Ces dernières semaines, deux bateaux transportant des cargaisons d'armes ont été interceptés au Liban. selon certaines sources, ces armes étaient destinées à la rébellion syrienne.
Au total, huit personnes ont péri et une cinquantaine d'autres ont été blessées depuis le début samedi soir de ces affrontements entre résidants des quartiers de Bab el-Tebbaneh, majoritairement sunnites et hostiles au régime syrien, et de Jabal Mohsen, alaouites et sympathisants du régime du président Bachar el-Assad. Depuis dimanche soir, 21 civils, dont des femmes et des enfants, ont été blessés, selon une source au sein des services de sécurité. De plus, deux soldats ont été touchés par des tirs alors qu'ils tentaient d'ouvrir la route séparant les deux quartiers, selon un communiqué de l'armée.
Ces heurts ont éclaté après des...



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06 h 45, le 15 mai 2012