Nicolas Sarkozy tourne la page de sa carrière politique pour redevenir un homme ordinaire. BERTRAND GUAY
Essuyant son plus terrible revers en 30 ans de carrière politique, Nicolas Sarkozy envisagerait sérieusement de dire adieu à la passion de toute une vie.
Le président sortant, défait au second tour de l'élection présidentielle française par le socialiste François Hollande, avait prévenu les Français en mars dernier, qu'en ce cas de non reconduction, il quitterait la politique.
"Après 35 ans de mandats politiques, 10 ans de responsabilité gouvernementale au plus haut niveau, 5 ans à la tête de l'Etat, mon engagement sera désormais différent", a-t-il confirmé, dimanche 6 mai, au soir de la défaite, indiquant qu'il allait "redevenir un Français parmi les Français". "Une autre époque s'ouvre, dans cette nouvelle époque je resterai l'un des vôtres et vous pourrez compter sur moi pour défendre nos idées et nos convictions, mais ma place ne pourra plus être la même", a-t-il déclaré devant ses partisans à Paris.
Après sa défaite (48,2% contre 51,8% pour Hollande), Nicolas Sarkozy a notamment annoncé aux responsables de son parti UMP qu'il ne mènerait même pas la droite aux législatives des 10 et 17 juin.
Nicolas Sarkozy est devenu dimanche le premier président français à ne pas obtenir un second mandat, depuis Valéry Giscard d'Estaing en 1981. La défaite de ce président hyperactif, impopulaire comme jamais aucun autre avant lui, signe l'échec d'une stratégie de droitisation endossée avant même le 1er tour et le score historique (17,9%) réalisé par la candidate du Front national (FN, extrême droite) Marine Le Pen.
Après avoir suscité, pendant son mandat, un débat controversé sur l'islam et l'identité nationale, c'est sur l'héritage chrétien de la France, la lutte contre l'immigration et la sécurité, que Nicolas Sarkozy a fait campagne.
Pour sa sortie, Nicolas Sarkozy a joué la sobriété et les sentiments.
Dimanche soir, le président sortant a conclu son discours à la Mutualité, par un "Je vous aime", avant de quitter la scène. Ce devrait être là les derniers mots adressés, officiellement, par Nicolas Sarkozy président aux Français.
Pour Le Figaro, Nicolas Sarkozy "soigne sa sortie". "Il fait de l'anti-Giscard, décrypte un proche cité par le quotidien français. VGE (Valéry Giscard d'Estaing) était resté prostré pendant des jours, avant de faire des adieux grandiloquents. Lui a choisi de dire au revoir dans le feu de l'action. Il n'y reviendra plus".
Après sa défaite, en 1981, VGE s’était adressé une dernière fois aux téléspectateurs français. Un discours qu'il avait conclu en lâchant un solennel "au revoir", avant de quitter la pièce, laissant, face à la caméra, sa chaise vide.
Nicolas Sarkozy, accusé notamment par François Hollande d'avoir beaucoup joué sur la division des Français lors de son mandat, a par ailleurs invité le président élu, pour les commémorations du 8-Mai, à déposer une gerbe, avec lui, sur la tombe du soldat inconnu sous l'Arc de Triomphe.
"Il est en train de réussir son départ, note un conseiller cité par Le Figaro. On lui avait reproché son arrivée… On ne pourra rien dire de sa sortie! Il n'a jamais été aussi présidentiel…"
À l'issue de la passation des pouvoirs, le 15 mai, le président quittera l'Elysée en voiture. "Ce sera sobre, simple", affirme son directeur de campagne, Guillaume Lambert. "Il n'y aura pas de sifflets quand Sarkozy quittera l'Elysée", assure un autre conseiller.
Après le dernier Conseil des ministres qu'il préside aujourd'hui, le président français ne jouera plus de rôle actif dans la vie politique, a confirmé son ministre de l'Intérieur, Claude Guéant. "Je sens qu'il est triste bien qu'il n'exprime pas de sentiment de cette nature mais je crois qu'il a le sentiment du devoir accompli", a ajouté le ministre, évoquant une décision définitive de Nicolas Sarkozy.
Il va redevenir avocat, son métier d'origine, a par ailleurs précisé un de ses plus proches collaborateurs, Franck Louvrier. Toujours propriétaire de parts dans le cabinet d'affaires de son associé, Arnaud Claude, M. Sarkozy devrait rapidement se réinscrire au barreau de Paris, selon Franck Louvrier, qui est son conseiller en communication.
Auparavant, il ira "se reposer en famille", précise M. Louvrier, probablement au Cap Nègre, sur la côte d'Azur, dans la propriété familiale de son épouse Carla Bruni-Sarkozy.
Nicolas Sarkozy redeviendra avocat, oui, mais, comme ses prédécesseurs, il "percevra une indemnité de 6.000 euros brut", précise le blog Big Brower, du quotidien français Le Monde. "A cette retraite de base s'ajoute une indemnité mensuelle de 11.500 euros net s'il décide de siéger au Conseil constitutionnel", comme tous les autres présidents, poursuit le blog. Sauf si le président Hollande supprime cette pratique très controversée, comme il l'a évoqué pendant sa campagne.
Toujours selon le blog qui cite Challenges.fr, M. Sarkozy bénéficiera également de primes de "sujétion spéciale" accordées par l'Etat pour "compenser les contraintes subies dans l'exercice des fonctions", dont le montant n'est pas précisé. Il disposera par ailleurs d'une "série d’avantages matériels", allant d'un appartement de fonction, à une voiture de fonction avec deux chauffeurs, en passant par deux policiers pour assurer sa sécurité...
Le tout pour une addition estimée pour l'Etat français à 1,5 million d'euros par an et par ancien président...
Si Nicolas Sarkozy prévoit de redevenir un "homme ordinaire", son épouse, elle, devrait tenter un retour sur la scène artistique. N'ayant plus, désormais, les obligations d'une Première dame, Carla Bruni-Sarkozy, dont le prochain album est attendu à l'automne, pourrait néanmoins avoir du mal à retrouver la place de choix dans la chanson que lui avait valu l'énorme succès de "Quelqu'un m'a dit", il y a dix ans.
Pour le critique musical Bertrand Dicale, le retour de Carla chanteuse est au mieux "ardu", voire "hypothétique". "Carla Bruni-Sarkozy aura beaucoup de mal à exister en tant qu'artiste. On aura tendance à confondre deux voix, deux personnages, le politique et la chanteuse...", estime-t-il.
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