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À La Une - Parlement

Liban : L’opposition se fait plaisir place de l’Étoile

L’opposition a rendu une belle copie hier dans l’hémicycle lors du débat de politique générale, tombant à bras raccourcis contre un gouvernement dont elle a disséqué minutieusement toutes les erreurs et tous les manquements. Rien de bien surprenant, d’autant que les pôles du 8 Mars se sont défendus en... accusant les cabinets précédents. De la routine donc, mais la vie institutionnelle a, au moins, repris quelques couleurs.

Le bloc parlementaire du Hezbollah lors de la séance d'hier.

L’opposition avait promis une attaque virulente contre le gouvernement, à laquelle les ministres du Changement et de la Réforme s’étaient dit prêts à rétorquer. Mais la première séance, matinale, de débat de politique générale s’est déroulée dans une atmosphère de détente, certains observateurs la qualifiant même de « routinière ».

 

Ce constat exclut néanmoins l’altercation verbale entre Marwan Hamadé et Akram Chehayeb d’une part, et les députés du Courant patriotique libre d’autre part. Un démêlé attisé par les cris stridents d’Émile Rahmé, rappelant à ses collègues aounistes que « c’est moi qui ai initié la controverse, c’est à moi de l’achever ». En fait, celle-ci a commencé lorsque Marwan Hamadé a interrompu Émile Rahmé, qui prenait la défense du gouvernement sur le dossier des données téléphoniques. M. Hamadé a saisi l’occasion pour lui rappeler que « la station du Barouk (antenne dirigée vers Israël) s’est avérée appartenir aux aounistes et à leurs partenaires du Hezbollah ». Un commentaire que le président de la Chambre Nabih Berry a immédiatement étouffé, en rappelant à M. Hamadé qu’il pourra s’exprimer à son gré lorsqu’il accédera à la tribune. Et à Rahmé qui se plaignait d’avoir perdu le fil de ses idées, M. Berry a répondu qu’il était arrivé au mot « cela ». Un trait d’esprit salué par éclat de rire général, qui s’est toutefois estompé, aussitôt que le tour de Marwan Hamadé est venu pour prononcer son allocution. Alors qu’il gravissait les marches de la tribune, le député aouniste Hikmat Dib – particulièrement enthousiaste hier – a demandé la parole pour soulever un point de procédure.

 

L’ayant obtenue, il se lance dans une riposte « aux accusations du député Marwan Hamadé, qui a nommément désigné les aounistes ». Là encore, le président Berry s’est empressé d’amortir la controverse, rappelant fermement que « la présidence a mis un terme à ce sujet et n’accepte pas d’y revenir ». Une position qui n’a pas empêché le député aouniste Ibrahim Kanaan de se lever et d’attaquer de plus belle les propos de Marwan Hamadé, prévenant que « nous n’accepterons pas pareille dérision ». Le ton monte, les répliques s’enchevêtrent, supplantant les voix de Marwan Hamadé et de son collègue du PSP Akram Chehayeb. Émile Rahmé, qui avait repris sa place aux côtés des députés du Hezbollah, se lève alors et descend les marches de l’hémicycle en vociférant que « Marwan Hamadé a oublié son passé » ( ! ).

 

Ce dernier lui répond, tout en contenant son indignation : « C’est moi qui l’ai oublié ? » Akram Chehayeb, relayé par le ministre et député Waël Bou Faour, s’en prend à Rahmé, et lui demande, d’un geste de la main, de s’abstenir de s’impliquer dans le débat. Un débat que le marteau du président Berry a calmé, avant que le député Boutros Harb ne demande que les propos échangés soient rayés du procès-verbal.

 

 

Hamadé dénonce « la distanciation en faveur des meurtriers »

Les interventions devaient se dérouler ensuite sans tiraillements. Même si elles dissimulent des tensions sous-jacentes, celles-ci sont aisément contenues. Il est peu probable en effet que ces séances de débat de politique générale aboutissent à retirer la confiance au gouvernement, l’actuelle opposition ne disposant pas de la majorité parlementaire. Mais ses membres ont veillé, à travers leurs interventions, à ne pas se limiter à « des séances de ragots ».

 

D’ailleurs, le député Marwan Hamadé l’a insinué, en affirmant que « ce n’est pas notre digne Parlement, menacé par des pressions populistes, qui empêchera le gouvernement de nous conduire à l’autel du sacrifice, le sacrifice des valeurs et des principes ». C’est pourquoi « nous demandons que les élections de 2013 soient transparentes (...) non entachées par des armes qui se retournent contre la Constitution libanaise », a-t-il ajouté. En attendant, Marwan Hamadé a répondu point par point aux arguments invoqués par le Premier ministre Nagib Mikati dans son allocution improvisée à l’ouverture de la séance, concernant notamment « la stabilité », sur base de laquelle le cabinet se tient à l’écart des événements de la région. « Je traduis la stabilité, en ce qui concerne la crise syrienne, par une prise de position en faveur du meurtrier, et contre le peuple syrien (...). Pareille distanciation n’est pas permise au nom de la stabilité », a affirmé Marwan Hamadé. S’agissant de la sécurité interne, il a évoqué la tentative d’assassinat du leader des Forces libanaises Samir Geagea. « Même si les tirs ont raté leur cible, ils sonnent l’alarme d’un danger imminent et de jours funestes », a-t-il estimé.

 

Le député des Forces libanaises Antoine Zahra a centré d’ailleurs son intervention sur une critique acerbe de la politique de distanciation. S’attardant sur trois événements sécuritaires, à Meerab, aux frontières Nord et à Jiyé (la tentative d’assassinat de Moustapha Geha), Antoine Zahra a déploré le fait que le seul souci du gouvernement est « d’empêcher une grande discorde entre sunnites et chiites. Mais une grande discorde pourrait-elle exister sans d’autres, plus petites »?

 

Pour sa part, le député du bloc du Futur Ghazi Youssef a critiqué dans les détails les décisions ministérielles au niveau des dossiers des bateaux producteurs d’électricité et des données téléphoniques, s’en prenant tour à tour aux ministres Gebran Bassil (lequel haussait de temps à autres les sourcils avec un air presque effronté) et Nicolas Sehnaoui (qui n’a quasiment pas lâché son carnet de notes). Le député Robert Fadel a fait remarquer à cet égard que « le refus de privatiser le secteur de l’électricité est l’erreur la plus grave que le gouvernement réitère depuis des décennies ».

S’agissant en outre des dépenses extrabudgétaires, l’opposition a salué la décision du président de la République de suspendre la signature du décret visant à valider les seules dépenses de 2011, c’est-à-dire les 8 900 milliards de LL, au détriment des 11 milliards de dollars dépensés par les gouvernements précédents.

 

Au niveau des dossiers socio-économiques dans leur globalité, le député du bloc du Futur Assem Araji a souligné que « le gouvernement qui se dit uni pour le travail est en réalité uni pour le chaos ».

 

« Les dettes » des anciens gouvernements

De leur côté, les députés du Changement et de la Réforme ont contrebalancé les arguments de l’opposition sur le dossier budgétaire, par les allégations de corruption contre les anciens cabinets de Saad Hariri et Fouad Siniora. Ce dernier, présent au premier rang, n’a pas bougé de son siège, plongé dans une écoute paisible des interventions, y compris celle du député aouniste Simon Abiramia. Ce dernier a évoqué à l’adresse de « l’opinion publique responsable et sage » les chiffres des dettes accumulées au fil des années passées, qu’il a fait imprimer sur des cartons. « Ai-je besoin de deux, trois, quatre ou dix ans pour évoquer les souffrances d’un peuple privé de ses espoirs et de ses deniers? » a-t-il déploré.

 

Le député Serge TerSarkissian, attendu pour ses railleries, lui lance : « Tu n’as plus que quelques minutes. » C’est le député Michel Hélou, dernier intervenant, qui prendra le relais du député Abiramia, pour dénoncer l’ancienne majorité qui « fuit les responsabilités de ce qu’elle a laissé à l’actuel gouvernement (...), victime d’injustice ». Il a ainsi affirmé que « les anciens cabinets ont négligé intentionnellement le secteur de l’électricité ».

 

Les députés du Hezbollah ont maintenu un mutisme quasi constant hier, à l’exception du député Ali Ammar. Prenant la parole en réaction à l’intervention du député Zahra, qui l’avait mentionné, il a affirmé « avoir besoin de temps pour que mûrissent ses éléments de réponse, parce que la période actuelle nécessite une maturité ». Il a prononcé ses propos en allongeant les syllabes des termes « mûrir » et « maturité », une tonalité qui a paru amuser les députés et les ministres.

 

Quant au député Ghazi Zeaiter, sous l’œil attentif de Assem Kanso, il s’est levé pour dénoncer « les accusations de meurtres faites sans preuve » contre le régime syrien. Son attitude sérieuse, presque anxieuse, a été fustigée, et chahutée, par l’ensemble des députés du bloc du Futur.

 

Entre les deux camps, le député Robert Ghanem s’est voulu conciliateur. L’essence de son intervention a résidé dans le fait que « la crise reste telle quelle, mais c’est notre négligence qui aggrave de jour en jour les dangers qu’elle sous-tend ».

L’opposition avait promis une attaque virulente contre le gouvernement, à laquelle les ministres du Changement et de la Réforme s’étaient dit prêts à rétorquer. Mais la première séance, matinale, de débat de politique générale s’est déroulée dans une atmosphère de détente, certains observateurs la qualifiant même de « routinière ».
 
Ce constat exclut néanmoins l’altercation verbale entre Marwan Hamadé et Akram Chehayeb d’une part, et les députés du Courant patriotique libre d’autre part. Un démêlé attisé par les cris stridents d’Émile Rahmé, rappelant à ses collègues aounistes que « c’est moi qui ai initié la controverse, c’est à moi de l’achever ». En fait, celle-ci a commencé lorsque Marwan Hamadé a interrompu Émile Rahmé, qui prenait la défense du gouvernement sur le...
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