Le Liban de par sa composition pluricommunautaire, sa situation géographique et sa faiblesse militaire, s’est trouvé, sinon depuis sa naissance, du moins depuis plusieurs décennies, embarqué dans une scission politique souvent accompagnée de violence conduite par la Syrie et Israël, ses voisins immédiats.
La Syrie, alliée de l’URSS, et Israël, allié des USA durant la période de la guerre froide, se sont battus jusqu’en 1967 (guerre de juin de cette année), date à laquelle la Syrie perdait le Golan déjà annexé en 1967.
Depuis 1973, plus aucun conflit d’envergure n’est venu perturber le statu quo établi à l’époque entre ces deux pays.
Pour le Liban, la fin de la période dite de la guerre froide n’a pas été de tout repos.
Le calvaire qu’a dû subir ce pays, dix-huit années durant, et la guerre chaude qu’il a subie contrastaient singulièrement avec la température plutôt fraîche constatée à une échelle plus importante, celle des grandes puissances.
1975-1990 : la guerre froide
Le communautarisme libanais a servi de terreau au rôle « tampon » entre ses deux voisins ainsi qu’un champ d’expérimentation, à moindre frais, pour les grandes puissances.
L’on a tenté une séparation entre les musulmans d’un côté, alliés de l’OLP, présents massivement à l’époque au Liban, pris sous la houlette et la « protection » syrienne mais aussi de l’URSS, et de l’autre, les chrétiens censés être protégés par Israël, l’autre minorité du Proche-Orient, mais surtout principal allié et sous la protection des USA dans la région.
Outre un conflit civil armé d’une rare violence, cette scission s’est traduite sur le terrain par une présence massive militaire et influente des armées syrienne (1976) et israélienne (1978).
La période de la guerre froide s’est terminée en 1989-1990.
Cela s’est traduit dans la région par une nouvelle ère, celle de la mainmise américaine appliquée sur le terrain avec la première guerre contre l’Irak suite à l’invasion du Koweït.
Damas, privé de son allié soviétique, s’est rapproché tactiquement de Washington en se déclarant l’allié des Américains dans leur expédition contre le régime de Saddam Hussein.
Au Liban, cela s’est traduit le 13 octobre 1990 par l’invasion du « réduit chrétien » par l’armée syrienne et la reddition du Premier ministre par intérim, le général Michel Aoun.
La dichotomie Est/Ouest ou URSS/USA n’existait plus puisque le mur de Berlin était tombé, symbolisant la mort de l’URSS en tant que telle. Il n’y avait plus de raison de dichotomie, sur le terrain au Liban, entre la Syrie et Israël. Ces deux puissances régionales servaient désormais la même puissance : les USA.
1990-2005 : le dégel ou la suprématie américaine
Dès lors, nous sommes entrés dans une période d’incertitude, celle du « dégel » qui a vu fondre les limites des influences jusqu’en 2000-2001 et le fameux attentat du 11 septembre (9/11).
Pour les USA, il s’agit de profiter de cette période de suprématie incontestée pour déployer leurs forces et leurs influences et défendre plus que jamais leurs intérêts régionaux énergétiques et économiques.
La présence américaine dans la région du Moyen-Orient existe depuis 1991, surtout en Irak, mais aussi en Arabie saoudite (tous deux grands pays producteurs de pétrole).
Durant cette période, les forces armées étrangères sont demeurées au Liban jusqu’en 2000.
Au cours du mois de mai de cette même année, après le décès du président syrien Hafez el-Assad mais surtout précipitée par les actions de la Résistance libanaise (principalement le Hezbollah), l’armée d’Israël est sortie unilatéralement, à l’exception d’un minuscule territoire du Liban-Sud.
Évacué par Israël, le pays est resté cependant occupé par l’armée syrienne.
Cette situation a créé pour cette dernière incontestablement un avantage sur le terrain par rapport à son voisin et ennemi israélien.
Cet avantage ne pouvait que représenter une menace pour Israël.
Ce dernier l’avait parfaitement compris, à ses dépens, depuis les actions violentes du Hezbollah contre ses soldats pendant sa longue occupation du Liban-Sud, spécialement à partir de l’été 1982.
Cette année-là, soit trois années après le retour de l’ayatollah Khomeiny et le renversement de la dictature du chah d’Iran, des gardiens de la révolution iranienne ont été dépêchés au Liban via la Syrie.
Ils sont venus auprès de leurs coreligionnaires de la Békaa et du Sud afin de leur prêter main-forte en les entraînant à la lutte armée contre l’occupant ainsi qu’en les aidant au développement de l’action sociale chez les plus démunis de leur communauté.
Rappelons que cette période coïncidait avec la présence renforcée de Tsahal comme puissance occupante du pays à partir de 1982.
De 2000 à 2005, les actions diplomatiques des grandes puissances se sont concentrées sur le vote par le Conseil de sécurité des Nations unis d’une résolution ayant un double objectif : porter la Syrie à sortir du Liban et désarmer les milices, visant sans le nommer le Hezbollah.
Il était clair, dès lors, que ce n’étaient pas des résolutions des Nations unies isolées, sans ultimatum ni démonstration de force, qui allaient obliger la Syrie ou le Hezbollah à se soumettre. Le président français Jacques Chirac s’était même impliqué à titre personnel. Cette résolution (1559) a finalement été votée en 2004 et, comme prévu, elle n’a pas du tout été suivie d’effet.
(À suivre)
Riad JREIGE
Montpellier – France
La Syrie, alliée de l’URSS, et Israël, allié des USA durant la période de la guerre froide, se sont battus jusqu’en 1967 (guerre de juin de cette année), date à laquelle la Syrie perdait le Golan déjà annexé en 1967.
Depuis 1973, plus aucun conflit d’envergure n’est venu perturber le statu quo établi à l’époque entre ces deux pays.Pour le Liban, la fin de la période dite de la guerre froide n’a pas été de tout repos.
Le calvaire qu’a dû subir ce pays, dix-huit années durant, et la guerre chaude...


Tres interessant.... Vivement la suite!
03 h 42, le 14 avril 2012