Jacques Chirac et François hollande, en juin 2001 à Sarran, en Corrèze. Jean-Pierre Muller/AFP
Lorsqu’il a débarqué en Corrèze en 1981, le socialiste François Hollande n’avait que 26 ans. De ce département pauvre et rural du centre de la France, devenu son fief, il a pris l’élan qui pourrait le mener à la présidence française. Comme Jacques Chirac avant lui ?
« Il avait l’allure d’un lycéen qui traîne son cartable » : Claude Manoux, ancien militant socialiste de 74 ans, se souvient très bien de la première campagne de M. Hollande en Corrèze. La gauche vient alors de remporter une victoire historique en s’emparant de l’Élysée, mais le nouveau président François Mitterrand a bien du mal à trouver un candidat à la députation pour affronter sur ses terres Jacques Chirac, ancien Premier ministre de droite, dans un combat perdu d’avance. Se frotter à un tel monstre en politique, maître des lieux et incomparablement populaire, seul le jeune François Hollande accepte de relever le défi. Tout juste diplômé de l’École nationale d’administration (ENA), pépinière des élites françaises, « il est moins connu que le labrador de Mitterrand », avait alors ironisé M. Chirac. Largement battu, François Hollande décide pourtant de rester dans la région et de s’y implanter.
Jacques Chirac, 79 ans, et François Hollande, 57 ans, sont de bords politiques opposés. Mais ils ont en commun un goût du contact et un sens du terrain qui, dans les campagnes françaises, transcendent les appartenances partisanes.
En Corrèze, Jacques Chirac a fait ses premiers pas en politique, avant de devenir Premier ministre, maire de Paris puis président de la République (1995-2007). Son épouse, Bernadette, y est toujours une influente élue départementale.
Et en 30 ans de vie politique corrézienne, François Hollande, le socialiste, a su gagner l’estime de son aîné, héritier de la droite gaulliste.
Jacques Chirac, qui n’a jamais fait mystère de son antipathie pour le président sortant Nicolas Sarkozy, n’a d’ailleurs pas hésité en 2011 à déclarer qu’il voterait pour François Hollande à la présidentielle des 22 avril et 6 mai prochain. Une boutade, « de l’humour corrézien », avait-il immédiatement ajusté. Et à Tulle, principale ville du département, il est aujourd’hui tout aussi difficile de trouver quelqu’un qui dise du mal de Jacques Chirac que de François Hollande. Car dans ce département, les personnalités comptent plus que les idéologies. « La Corrèze a besoin de la politique pour survivre », explique Alain Albinet, journaliste. « On ne peut pas survivre tout seuls. Le pays a besoin de contacts à Paris pour avoir des routes, le développement. » Quitte à sombrer parfois dans le clientélisme : quand il était maire de Paris, M. Chirac était réputé pour avoir fait embaucher 2 000 Corréziens... Et une fois président, « il y avait à l’Élysée une cellule qui s’occupait uniquement des affaires corréziennes », se souvient Claude Manoux.
Mais les habitants de Tulle n’ont pas d’illusion : rien ne changera pour la Corrèze si François Hollande devient président. Pas pour une question d’éthique personnelle, mais tout simplement parce que désormais, face à la crise, « l’État n’a plus d’argent ».
« Il avait l’allure d’un lycéen qui traîne son cartable » : Claude Manoux, ancien militant socialiste de 74 ans, se souvient très bien de la première campagne de M. Hollande en Corrèze. La gauche vient alors de remporter une victoire historique en s’emparant de l’Élysée, mais le nouveau président François Mitterrand a bien du mal à trouver un candidat à la députation pour affronter sur ses terres Jacques Chirac, ancien Premier ministre de droite, dans un combat perdu d’avance. Se frotter à un tel monstre en politique, maître des...

