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Moyen Orient et Monde - Analyse

Homs, la « Misrata syrienne » au cœur du combat de Bachar

La ville est un carrefour stratégique industriel, économique et géographique, dont la tombée aux mains de l’opposition signifierait la chute du régime.

Des membres de l'Armée syrienne libre, composée de déserteurs, à al-Bayada, à Homs, bastion de la rébellion syrienne. Stringer/Reuters

Le régime de Bachar el-Assad veut mater à tout prix la rébellion à Homs pour éviter que ce nœud stratégique au centre de la Syrie ne devienne une nouvelle Misrata, ville libyenne dont la prise par les rebelles avait sonné le glas de Mouammar Kadhafi, estiment des analystes.

 

« La chute de Misrata avait annoncé celle de Kadhafi à Syrte », affirme Karim Bitar, directeur de recherche à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) à Paris. L’ex-numéro un libyen a été tué dans sa ville natale en octobre. « Si le régime syrien ne parvient pas à étouffer la révolte à Homs, Damas et Alep pourraient commencer à frémir », ajoute-t-il, au moment où la contestation prend de plus en plus d’ampleur dans la capitale et la deuxième ville du pays.


Malgré plus de trois semaines de bombardements sur Homs, la « capitale de la révolution », l’armée syrienne n’a pas réussi à briser la résistance des militaires dissidents, bien moins équipés mais déterminés à lutter jusqu’au bout. « Le régime croit que s’il contrôle Homs, il mettra fin à la révolution, mais il rencontre une résistance féroce », affirme le colonel Riad el-Assad, chef de l’Armée syrienne libre (ASL), force composée de soldats dissidents qui combat l’armée régulière, notamment dans cette ville d’un million d’habitants. Depuis des semaines, les militants antirégime évoquent la possibilité d’un assaut sur Baba Amr, le plus tenace des quartiers rebelles.

Les risques de la guerre urbaine
Selon les analystes, l’armée régulière est consciente des risques d’une « guerre urbaine ». « L’armée syrienne sait qu’entrer dans le quartier, c’est se faire tirer dessus de tous les côtés et qu’il faudra prendre maison par maison », explique Fabrice Balanche, directeur du Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (Gremmo), à Lyon (France).

 

Mais elle sait aussi « qu’à un moment donné, elle ne peut plus attendre l’arme au pied et qu’il faudra en finir » avec les poches de résistance, précise l’expert. « En 1982, le symbole c’était Hama, aujourd’hui, c’est Baba Amr », affirme M. Balanche. Il y a 30 ans, un soulèvement des Frères musulmans à Hama avait été écrasé par les forces du président Hafez el-Assad, père de Bachar, au prix de milliers de morts.

 

« Le régime ira jusqu’au bout, mais comme il ne peut pas se permettre de faire 20 000 morts comme à Hama, il bombarde pour terroriser les civils et vider le quartier. Quand il ne restera plus que les rebelles, il pourra raser Baba Amr », ajoute cet expert de la Syrie. Selon lui, ce quartier de 40 000 habitants a déjà perdu les deux tiers de sa population. Il note également que les rebelles syriens sont bien moins armés que les Libyens, qui bénéficiaient également de l’aide précieuse de l’OTAN.


La géographie est au cœur de la bataille de Homs : troisième ville de Syrie, poumon industriel avec ses raffineries, elle est à la croisée des chemins entre Damas et le nord du pays. Sa province est frontalière du nord du Liban. C’est aussi un carrefour routier vital par lequel transitent les marchandises de Turquie et vers les pays du Golfe, des gazoducs et des oléoducs. Une ville si stratégique que, sous le mandat français, s’est posée la question d’en faire la capitale. « Si la ville est tenue par l’opposition, vous coupez le pays en deux, voilà pourquoi le régime s’acharne contre Homs », affirme Agnès Levallois, spécialiste du Moyen-Orient basée à Paris. « En reprenant Homs, il gênerait la mobilité de l’ASL », ajoute-t-elle.

Tensions confessionnelles
Selon plusieurs analystes et militants, les armes parvenant aux rebelles passent notamment par le nord du Liban. Le souci pour le pouvoir, tenu par des alaouites (branche du chiisme minoritaire en Syrie), « c’est cet axe sunnite Homs-Tripoli », explique M. Balanche.


La ville concentre en elle les tensions confessionnelles du pays : le centre, sunnite, a vu d’un mauvais œil la formation d’une périphérie alaouite à partir des années 1960.
Les alaouites, représentant 25 % de la population de Homs, y monopolisent les postes dans l’administration, attisant la frustration des classes populaires sunnites qui se contentent des petits boulots ou de la contrebande avec le Liban, selon M. Balanche. « Au départ, le soulèvement des quartiers sunnites et pauvres était d’abord une révolte de la misère », dit l’expert.

Le régime de Bachar el-Assad veut mater à tout prix la rébellion à Homs pour éviter que ce nœud stratégique au centre de la Syrie ne devienne une nouvelle Misrata, ville libyenne dont la prise par les rebelles avait sonné le glas de Mouammar Kadhafi, estiment des analystes.
 
« La chute de Misrata avait annoncé celle de Kadhafi à Syrte », affirme Karim Bitar, directeur de recherche à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) à Paris. L’ex-numéro un libyen a été tué dans sa ville natale en octobre. « Si le régime syrien ne parvient pas à étouffer la révolte à Homs, Damas et Alep pourraient commencer à frémir », ajoute-t-il, au moment où la contestation prend de plus en plus d’ampleur dans la capitale et la deuxième ville du pays.
Malgré plus de trois semaines de bombardements...
commentaires (2)

Dans le confort de leurs bureaux, bien au chaud (il fait très froid en Europe) et sirotant leur café, "les experts" stratégiques" (notamment "de la Syrie") parlent : "Le régime bombarde pour terroriser les civils et vider le quartier de Baba Amr à Homs, tout en ne pouvant pas se permettre de faire 20.000 morts comme à Hama" (en 1982). Pour les experts, les "civils terrorisés" de Baba Amr, de Khalidiyeh et de tout Homs échappent volant dans l'air, comme les anges, avec des ailes qu'ils mettent à la dernière minute. Et ainsi on ne pourra pas dire que Bachar al-Assad a fait "20.000 morts", mais moins ! Aucun mot sur les carnages des "civils" et les crimes contre l'humanité, devenus routiniers en Syrie. Ce n'est pas l'affaire des "experts". Une froideur révoltante ! Pourquoi ne viennent-ils pas voir ce qui se passe à Baba Amr et à Homs, comme les journalistes Edith Bouvier et Rémi Ochlik ? Ah ! Ils ont peur que les imbéciles les accusent, à eux aussi, d'être "de graaands espions", comme ces journalistes !

Halim Abou Chacra

05 h 28, le 01 mars 2012

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Commentaires (2)

  • Dans le confort de leurs bureaux, bien au chaud (il fait très froid en Europe) et sirotant leur café, "les experts" stratégiques" (notamment "de la Syrie") parlent : "Le régime bombarde pour terroriser les civils et vider le quartier de Baba Amr à Homs, tout en ne pouvant pas se permettre de faire 20.000 morts comme à Hama" (en 1982). Pour les experts, les "civils terrorisés" de Baba Amr, de Khalidiyeh et de tout Homs échappent volant dans l'air, comme les anges, avec des ailes qu'ils mettent à la dernière minute. Et ainsi on ne pourra pas dire que Bachar al-Assad a fait "20.000 morts", mais moins ! Aucun mot sur les carnages des "civils" et les crimes contre l'humanité, devenus routiniers en Syrie. Ce n'est pas l'affaire des "experts". Une froideur révoltante ! Pourquoi ne viennent-ils pas voir ce qui se passe à Baba Amr et à Homs, comme les journalistes Edith Bouvier et Rémi Ochlik ? Ah ! Ils ont peur que les imbéciles les accusent, à eux aussi, d'être "de graaands espions", comme ces journalistes !

    Halim Abou Chacra

    05 h 28, le 01 mars 2012

  • Plusieurs révoltes dans ce pays où les frustrations s'en va grandissantes, se décuplent au fil des injustices et abus. L'homme au pouvoir a pourtant de grandes oreilles mais il n'entend que le bruit de ses talons.

    Zacharie

    00 h 10, le 01 mars 2012

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