M. Panetta a par ailleurs précisé une autre « ligne rouge » pour Washington : le développement d’une arme nucléaire par Téhéran. « Sont-ils en train de développer une arme nucléaire ? Non. Mais nous savons qu’ils tentent de développer une capacité nucléaire et cela nous préoccupe », a-t-il confié. Le programme nucléaire iranien, à des fins civiles selon Téhéran, peut lui permettre d’atteindre le seuil suffisant pour décider de construire une arme nucléaire si l’Iran le voulait, une décision qui n’a pas été prise à ce stade selon le renseignement américain. MM. Panetta et Dempsey ont réaffirmé la priorité donnée à Washington à l’action diplomatique et aux sanctions économiques contre le régime des mollahs, sans pour autant exclure toute action militaire. S’il n’a pas voulu qualifier la difficulté à mener une éventuelle action militaire, le chef d’état-major interarmées a expliqué que son rôle était de planifier une éventuelle opération, d’en évaluer les risques et, « dans certains cas, de positionner des moyens » militaires pour mener une telle opération. « Toutes ces activités sont en cours », a-t-il précisé.
Fordow « bientôt opérationnel »
En attendant, l’Iran continuait de réaffirmer son hostilité à la présence de la marine américaine dans le Golfe, en dépit de la libération jeudi par l’US Navy de marins iraniens pris en otages par des pirates somaliens. « Nous ne nions pas que l’action de la marine américaine ait été bonne, mais cela ne justifie pas la présence des forces occidentales dans le golfe Persique », a dit le ministre iranien de la Défense, Ahmad Vahidi, cité par l’agence IRNA. Rappelons que la tension était sérieusement montée la semaine dernière entre Téhéran et Washington après des manœuvres militaires iraniennes et les mises en garde émises par l’Iran. En dépit de ces menaces, Washington avait promis de maintenir ses navires de guerre déployés dans le Golfe, la Maison-Blanche estimant que les avertissements de l’Iran trahissaient sa « faiblesse » et montraient l’efficacité des sanctions contre son programme nucléaire controversé.
En outre, Téhéran a annoncé que le site souterrain d’enrichissement d’uranium de Fordow, près de la ville sainte de Qom, sera bientôt opérationnel. « Le site (...) sera opérationnel dans un avenir proche (...) De l’uranium enrichi à 20 %, à 3,5 % et 4 % pourra être produit sur ce site », a ainsi déclaré Fereydoun Abbasi Davani, chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA), cité par le quotidien Kayhan. L’Iran a commencé à introduire du gaz d’uranium à Fordow fin décembre en vue de l’enrichissement d’uranium, ont indiqué des diplomates vendredi. L’Iran produit déjà de l’uranium enrichi à 20 % sur le site de Natanz, un niveau bien supérieur aux 3,5 % requis pour servir de combustible à une centrale nucléaire.
Par ailleurs, dans la nuit d’hier, le ministre des Renseignements, Heydar Moslehi, a annoncé que l’Iran a arrêté des « espions » qui travaillaient pour les États-Unis en vue de perturber les élections législatives du 2 mars. « Les personnes arrêtées prévoyaient d’exécuter des projets américains pour perturber les élections parlementaires en utilisant le cyberespace et les réseaux sociaux », a-t-il déclaré. M. Moslehi n’a précisé ni leur nombre, ni leur nationalité, ni la date de leur arrestation.
Ahmadinejad en tournée en Amérique latine
Sur le plan diplomatique, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a quitté hier matin Téhéran pour une tournée de cinq jours dans quatre pays d’Amérique latine (Venezuela, Nicaragua, Cuba et Équateur), afin de renforcer les liens entre l’Iran et ces pays, au grand dam des États-Unis. « Nos relations avec les pays d’Amérique latine sont très bonnes et se développent. La culture des peuples de cette région et leurs demandes historiques ressemblent aux demandes du peuple iranien. Ce sont des peuples qui ont une pensée anticolonialiste, c’est pour cela qu’ils résistent face au régime de l’oppression (les États-Unis) », a déclaré M. Ahmadinejad avant de partir pour le Venezuela, sa première étape. Il est accompagné dans cette tournée par une forte délégation ministérielle : Ali Akbar Salehi (Affaires étrangères), Shamseddine Hosseini (Économie), Mehdi Ghazanfari (Industrie, Commerce et Mines) et Majid Namjou (Énergie).
Vendredi, Washington avait appelé les pays d’Amérique latine à ne pas « renforcer leurs liens » avec l’Iran. « Le régime (iranien) ressent la pression grandissante (de la communauté internationale) et il est dans une quête désespérée d’alliés », avait déclaré la porte-parole du département d’État, Victoria Nuland. « Nous voulons faire savoir de manière très claire aux pays du monde entier que ce n’est pas le bon moment pour renforcer les liens, économiques ou liés à la sécurité, avec l’Iran », avait-elle ajouté. Hostiles aux États-Unis, les quatre pays au programme de M. Ahmadinejad se sont rapprochés de l’Iran ces dernières années.
Parallèlement, les États-Unis ont déclaré persona non grata la consule vénézuélienne à Miami et ordonné son expulsion du pays, a annoncé hier un porte-parole du département d’État. Selon ce responsable, Livia Acosta Noguera a été informée de cette décision vendredi et a jusqu’à demain pour quitter le pays. « Nous ne pouvons donner aucun détail sur les raisons qui ont motivé la décision de déclarer persona non grata » la diplomate, a-t-il ajouté. Mme Acosta Noguera avait été récemment présentée dans un documentaire de la chaîne hispanophone Univision comme complice d’un présumé projet iranien d’attentats aux États-Unis.
(Source : agences)


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