L’acte d’accusation du Tribunal spécial pour le Liban (TSL), rendu public aujourd’hui, livre les détails sur la préparation et la mise en œuvre de l’attentat contre Rafic Hariri en 2005.
Dans un chapitre intitulé "II les accusés", on peut lire une description du rôle des quatre suspects :
"Les quatre Accusés ont, avec d’autres personnes, participé à un complot en vue de commettre un acte de terrorisme visant l’assassinat de Rafic HARIRI, et leur rôles respectifs peuvent être résumés ainsi : BADREDDINE dirigeait l’opération de manière générale ; AYYASH assurait la coordination de l’équipe d’exécution de l’assassinat, responsable de la réalisation matérielle de l’attentat ; ONEISSI et SABRA avaient pour tâche d’organiser la fausse revendication de responsabilité, dont le but était de désigner faussement les personnes qui devaient être la cible de l’enquête et de soustraire ainsi les auteurs du complot à la justice. En tant que participants au complot, les quatre Accusés ont joué des rôles importants dans l’attentat du 14 février 2005 et, à ce titre, tous les quatre portent la responsabilité pénale des résultats de l’attentat".
Le rapport met en exergue l’importance de l’analyse des communications via un réseau de téléphone portables dans l’attentat contre Rafic Hariri. « L’analyse des communications, notamment du positionnement mutuel, les déclarations de témoins ainsi que les preuves documentaires ont établi que Moustafa Amine BADREDDINE, Salim Jamil AYACHE, Hussein Hassan ONEISSI et Assad Hassan SABRA, parmi d’autres personnes non encore identifiées, ont joué des rôles différents dans l’homicide de HARIRI et d’autres personnes au moyen d’un acte de terrorisme ».
Selon le rapport, « chaque réseau était constitué d’un groupe de téléphones, généralement enregistrés sous des noms d’emprunt, qui communiquaient très fréquemment entre eux ».
Le rapport identifie deux types de réseaux, pouvant être décrits comme :
-« des « réseaux secrets », uniquement réservés aux appels passés entre leurs membres »
-et « des « réseaux ouverts », par l’entremise desquels les membres appelaient parfois des personnes extérieures au groupe ».
L’enquête a également révélé, selon le rapport, l’existence de cinq réseaux secrets et ouverts. Des réseaux présentés dans le rapport par un code couleur.
-« Le réseau Rouge : réseau secret constitué de (XX) téléphones (dont (XX) étaient particulièrement actifs) utilisés par l’équipe d’exécution de l’assassinat. Ce réseau a été opérationnel dès le 4 janvier 2005, jusqu’à ce qu’il cesse toute activité deux minutes avant l’attentat du 14 février 2005 ».
-« Le réseau Vert : groupe de (XX) téléphones qui ont formé un réseau secret à partir du 13 octobre 2004 jusqu’à ce qu’il cesse toute activité le 14 février 2005, environ une heure avant l’attentat. Deux téléphones parmi les (XX) du réseau Vert ont été utilisés pour contrôler et coordonner l’attentat. Les (XX) téléphones du réseau Vert ont à un moment donné fait partie d’un groupe de (XX) téléphones ».
-« Le réseau Bleu : réseau ouvert, constitué de (XX) téléphones, et opérationnel entre septembre 2004 et septembre 2005. Les téléphones bleus ont été utilisés par l’équipe d’exécution de l’assassinat notamment pour accomplir les actes préparatoires à l’attentat et assurer la surveillance de HARIRI ».
-« Le réseau Jaune : réseau ouvert, constitué de (XX) téléphones activés entre 1999 et 2003, et opérationnel jusqu’au 7 janvier 2005. Les téléphones jaunes ont été, avec le temps, remplacés, pour la plupart, par des téléphones bleus ».
-« Le réseau Violet : réseau ouvert, constitué de (XX) téléphones d’usage courant activés avant 2003, et opérationnel jusqu’au 15 ou 16 février 2005. Les téléphones violets ont été utilisés pour assurer la coordination de la fausse revendication de responsabilité ».
Selon le rapport, « l’assassinat a été exécuté par les membres du réseau Rouge ».
Dans le troisième chapitre, intitulé « Exposé concis des faits », le rapport revient notamment sur la préparation de l’attentat. Dans ce chapitre, le procureur souligne que « pendant au moins 20 jours, entre le 11 novembre 2004 et le 14 février 2005, AYACHE et d’autres membres de l’équipe d’exécution de l’assassinat, en communiquant au moyen de leurs téléphones bleus et des téléphones du réseau rouge, ont accompli des actes préparatoires à l’attentat, y compris en procédant à l’observation et à la surveillance de HARIRI, en vue de connaître les itinéraires et les mouvements de son convoi ainsi que la position du véhicule de HARIRI au sein de celui-ci ». C’est sur la base de cette surveillance, estime le rapport, que « AYACHE et les membres de l’équipe ont fixé le jour, le lieu et la méthode les plus indiqués pour l’attentat qu’ils ont ensuite perpétré le 14 février 2005 ».
« Dans le cadre de l’accomplissement des actes préparatoires à l’assassinat, entre le 22 décembre 2004 et le 17 janvier 2005, ONEISSI et SABRA étaient chargés de repérer un inconnu susceptible d’être instrumentalisé aux fins de revendiquer faussement, dans un enregistrement vidéo, la responsabilité de l’attentat commis contre HARIRI. Après que ONEISSI se fût présenté sous la fausse identité de « Mohammed », ils ont choisi ABOU ADASS, un ressortissant palestinien âgé de 22 ans, qu’ils ont trouvé à la Mosquée universitaire arabe de Beyrouth (également désigné sous le nom de Mosquée Al-Houry) », poursuit le rapport.
Le rapport indique également que « le 11 janvier 2005, AYACHE s’est rendu dans le quartier de Beddaoui à Tripoli où se trouvaient des salles d’exposition de véhicules, y compris celle dans laquelle la camionnette Mitsubishi Canter devait être achetée le 25 janvier 2005 ». Ensuite, « le 16 janvier 2005, aux environs de 7h 00, ABOU ADASS a quitté son domicile en vue de rencontrer ONEISSI, qui se faisait appeler « Mohammed ». ABOU ADASS est porté disparu depuis cette date ». Le 20 janvier 2005, poursuit le rapport, « il était prévu que HARIRI se rende le matin à la Grande Mosquée de Beyrouth ; au lieu de cela, il s’est rendu à la Mosquée de l’Imam Ali pour la prière de l’Aïd. Tous les téléphones actifs du réseau rouge ont fonctionné pendant moins d’une heure aux alentours du Palais de Koraytem et de la Grande Mosquée ». L’enquête s’est en effet fortement appuyé sur l’activité entre les différents réseaux de communication utilisés par les suspects.
Il est précisé, ensuite, les modalités de l’achat de la camionnette Mitsubishi Canter utilisée pour transporter les matières explosives ayant servi à l’attentat.
« Le 8 février 2005, les mouvements de HARIRI et ceux des membres de l’équipe d’exécution de l’assassinat sont similaires à leurs mouvements respectifs du 14 février 2005, soit le jour de l’attentat. HARIRI se trouvait au Palais de Koraytem le matin, avant de se rendre au Parlement et de retourner ensuite au Palais aux environs de 13h 45. (XX) téléphones du réseau rouge ainsi que les téléphones bleus positionnés mutuellement étaient principalement actifs autour du Palais de Koraytem, du Parlement et des voies habituellement empruntées par HARIRI pour relier ces deux lieux ».
En ce qui concerne l’attentat lui-même, le rapport indique que « le 14 février 2005, l’équipe d’exécution de l’assassinat constituée de AYACHE et de (XX) autres personnes a pris position à des endroits qui permettaient à ses membres de suivre et d’observer le convoi de HARIRI quittant sa résidence du Palais de Koraytem à Beyrouth pour se rendre au Parlement et retourner ensuite à sa résidence, sise dans la zone de l’hôtel St-Georges. Les membres de l’équipe sont restés fréquemment en contact entre eux sur leurs téléphones du réseau rouge et leurs téléphones bleus positionnés mutuellement. Plus précisément, 33 appels ont été passés depuis ou vers le réseau rouge entre 11h 00 et 12h 53 ». Des appels, notamment, entre Ayache et Badreddine.
« À 12 h 53 a eu lieu le tout dernier appel au sein du réseau rouge, à partir de Rouge (XX) dans la zone du Parlement à destination de Rouge (XX) posté à proximité. À cette heure-là, tous les membres de l’équipe d’exécution de l’assassinat avaient été informés des derniers mouvements de HARIRI ».
A 12h 55, un homme, auteur de l’attentat-suicide, fait exploser la camionnette Mitsubishi Canter. « Des fragments de l’auteur de l’attentat-suicide ont été retrouvés sur les lieux, et les analyses médicolégales ont établi à la fois que les restes étaient a) ceux d’un homme, et b) non pas ceux de ABOU ADASS. L’identité de l’auteur de l’attentat-suicide demeure inconnue ».
Le rapport détaille également l’immédiat après-attentat et notamment l'affaire de la fausse revendication :
« Soixante-quinze minutes environ après l’attentat, ONEISSI et SABRA ont effectué au total quatre appels à destination des bureaux de Reuters et de la chaîne d’information al-Jazeera à Beyrouth. Les quatre appels ont été effectués à partir de quatre cabines téléphoniques différentes en utilisant la même carte téléphonique prépayée 6162569 ».
Aux environs de 14 h 11, poursuit le rapport, « ONEISSI ou SABRA, agissant de concert, ont déclaré à Reuters que l’attentat avait été exécuté par un groupe fondamentaliste fictif dénommé « Victoire et Jihad en Grande Syrie » ». la même revendication a été faite, 8 minutes plus tard, auprès d'al-Jazeera.
« Aux environs de 15 h 27, SABRA a appelé al-Jazeera et lui a indiqué l’endroit où devait être retrouvée une cassette vidéo, à savoir un arbre situé sur la place ESCWA, à proximité des bureaux d'al-Jazeera, sis dans l’immeuble Shakir Ouayeh à Beyrouth. ONEISSI surveillait l’emplacement afin de confirmer la réception de la cassette vidéo par al-Jazeera. Dans la vidéo, ABOU ADASS revendiquait la responsabilité de l’attentat, déclarant que ledit attentat avait été exécuté en soutien aux « moudjahidine » d’Arabie Saoudite, et que d’autres attentats seraient perpétrés par la suite. Était jointe à la cassette vidéo une déclaration en arabe selon laquelle, entre autres, ABOU ADASS était l’auteur de l’attentat-suicide. Aux environs de 17 h 04, ONEISSI ou SABRA, agissant de concert, ont demandé à al-Jazeera, en usant de menaces, de diffuser la vidéo, ce qui a été fait peu de temps après ».
Dans un chapitre intitulé "II les accusés", on peut lire une description du rôle des quatre suspects :
"Les quatre Accusés ont, avec d’autres personnes, participé à un complot en vue de commettre un acte de terrorisme visant l’assassinat de Rafic HARIRI, et leur rôles respectifs peuvent être résumés ainsi : BADREDDINE dirigeait l’opération de manière générale ; AYYASH assurait la coordination de l’équipe d’exécution de l’assassinat, responsable de la réalisation matérielle de l’attentat ; ONEISSI et SABRA avaient pour tâche d’organiser la fausse revendication de responsabilité, dont le but était de...

