Les députés lors du débat de politique générale au Parlement, le mercredi 16 septembre 2026. Photo Hussein Ibrahim / site du Parlement libanais
Le gouvernement n'est pas tombé. À l'issue de deux jours de débat de politique générale, émaillés par d'âpres échanges, le Parlement a largement renouvelé mercredi sa confiance au gouvernement de Nawaf Salam par 68 voix, contre 12 voix et deux abstentions, alors que les députés du Hezbollah ont quitté la séance sans participer au vote de confiance. Un signe de désapprobation à l’égard de la politique du gouvernement, sans toutefois aller jusqu’à voter contre lui. Dans un apparent partage des rôles au sein du tandem chiite, le mouvement Amal a renouvelé sa confiance. L'un de ses élus, Kabalan Kabalan, a voté en lançant « À regret, confiance ».
Nawaf Salam, qui avait initié les séances mardi réclamées par le député Gebran Bassil, a clôturé les débats en rappelant le « cap » du cabinet : réforme financière et économique, monopole des armes, retrait israélien du Sud et reconstruction. Il a également reconnu que son gouvernement « avait suscité de nombreuses attentes », soulignant qu'elles se « sont heurtées à une réalité difficile, rendue encore plus difficile par la guerre ».
Malgré la confiance renouvelée, la carte de la rue a été brandie au sujet d’enjeux socio-économiques, à l’heure où le budget 2027 devrait être prochainement discuté à la Chambre. Des élus de différents bords ont notamment fait part de leurs craintes face à l’imposition de nouvelles taxes, le député des Forces libanaises (FL), Melhem Riachi, allant jusqu’à mettre en garde contre « une nouvelle thaoura », en référence au soulèvement populaire de 2019. S’adressant au chef du gouvernement, le député Simon Abi Ramia a dénoncé le « statu quo » au Liban-Sud, mettant en garde contre « une explosion sociale » si la guerre se poursuit.
Vifs échanges autour du Hezbollah
Plus largement, tout au long de la session, le Hezbollah a été au centre des prises de parole des députés. C'est celle de Michel Moawad qui a donné lieu à une passe d'armes entre les Forces libanaises et le parti-milice. Le député indépendant de Zghorta a estimé que « les guerres perdantes du Hezbollah amènent l'occupation (israélienne) » et fustigé le fait que « même Ali Taher, pourtant présentée comme étant Stalingrad, a été remis aux Israéliens par le Hezbollah au lieu de l’armée libanaise ». Le député du parti chiite, Ihab Hamadé, a demandé que certaines phrases de la prise de parole de M. Moawad soient retirées. « Ce n’est pas permis de dire des choses pareilles au Parlement. Allez voir qui a ramené les Israéliens dans le pays. Vous avez menti aux gens », s’est emporté le député FL Ziad Hawat. « Certains de nos confrères pensent qu'Israël n'est pas un ennemi », a lancé pour sa part le député du Hezbollah Hussein Jachi, coupant la parole à Ziad Hawat.
Réagissant vraisemblablement à cet échange sur son compte X, le leader druze Walid Joumblatt a estimé que « ce flot d’accusations et d’invectives échangées au Parlement ne mène à rien ». « La feuille de route pour l’avenir doit donc se fonder sur les propos (du président de la République Joseph) Aoun et (du Premier ministre Nawaf) Salam, tant dans leur diagnostic de la situation actuelle que dans la manière d’y remédier », a-t-il écrit.
En soirée, un violent échange d’invectives a eu lieu entre le député sunnite de Tripoli Achraf Rifi et des élus de la formation chiite, à la suite de la prise de parole du député du Hezbollah Ihab Hamadé, qui évoquait la question des réfugiés syriens au Liban. « Demande-toi pourquoi ils sont venus », a alors réagi Achraf Rifi. « Qu’est-ce que tu es allé faire en Syrie (lors de la guerre civile syrienne de 2011 à 2024 ? Ndlr) ? Vous en portez la responsabilité », a-t-il ajouté, avant un échange de propos violents. Dans sa conclusion, Nawaf Salam s'est félicité du « retour de près de 700 000 Syriens dans leur pays », soulignant que le gouvernement l'avait « facilité et organisé ».
Outre les polémiques, le clivage politique entre les députés du Hezbollah et ses opposants s'est fait entendre. « Pourquoi le Liban-Sud non occupé n'est pas remis au gouvernement et à l'armée libanaise », a demandé la députée indépendante de Beyrouth Paula Yacoubian. « Pourquoi le Hezbollah ne remet pas la carte de ses armes aux négociateurs libanais pour qu'ils puissent obtenir un retrait et le retour des déplacés ? », a-t-elle ajouté. « Nous entendons des critiques du Hezbollah, mais après tout ce qui s’est passé ils doivent reconnaitre leurs responsabilités », a ajouté par la suite un autre élu indépendant de Beyrouth, Ibrahim Mneimné. Le député du Metn des Kataëb, Elias Hankache, a appelé à « la mise en œuvre de la résolution sur le désarmement dans le Metn, comme à Beyrouth et dans les autres régions libanaises ». « Comment peut-on tolérer la présence, dans nos montagnes, de camps d'entraînement appartenant aux vestiges du régime d'Assad et à d'autres groupes ? », a-t-il souligné. Du côté des FL, Melhem Riachi s'est demandé « quand et comment pourra-t-on mettre en œuvre la décision du gouvernement sur le monopole des armes », alors que Antoine Habchi a accusé « certains responsables d’avoir couvert les armes du Hezbollah ».
Ibrahim Moussaoui, député du Hezbollah, a ironisé en lançant à M. Habchi d'aller « acheter des armes et d'armer l'armée libanaise ». Un autre élu du parti-milice pro-iranien, Raed Berro, a rendu quant à lui hommage aux « résistants » du parti chiite dans la colline de Ali Taher, estimant que son parti a « empêché l’ennemi de réaliser un exploit », malgré la prise de la crête plus tôt ce mois-ci par l'armée israélienne, ainsi que la destruction de tunnels du Hezbollah sous la colline. Le parlementaire a en outre critiqué le gouvernement qui prévoit « un budget zéro » pour l'armée dans le budget 2027.
Le dossier de l'électricité pointé du doigt
Les dossiers socio-économiques étaient l'autre thématique principale des prises de parole. Dès le début de la séance, le député du Akkar, Sajih Attié, a critiqué la gestion de l'électricité, estimant qu'« il y a des factures d'électricité d'une valeur de 2,5 millions de dollars par mois dans les camps palestiniens, mais le gouvernement n'a pas pris de mesures pour les recouvrer ». Si on n'arrive pas à avoir de l'électricité, le gouvernement n’aura rien fait », a-t-il dit, alors que l'établissement public Électricité du Liban (EDL) ne fournit en moyenne que 6 heures d’électricité par jour. Sur la même thématique, l'élu indépendant, Adib Abdel Massih, a demandé aux autorités de « mettre en place un plan sur le court terme pour que les citoyens puissent ressentir la différence de l'alimentation au niveau du courant ». Le député de la Jamaa islamiya, Imad Hout, a déclaré que le peuple libanais avait « besoin d'électricité » et qu'imposer de nouvelles taxes dans une économie en stagnation était « inacceptable ».
L’efficacité et le coût des prestataires de services d'Électricité du Liban font régulièrement débat depuis leur arrivée en 2012. Ceux-ci invoquent la succession de crises dans le pays depuis 2019, mais aussi leur trop grande dépendance aux décisions d’EDL, qui auraient entravé leur travail.
Le député de Beyrouth, Waddah Sadek, a critiqué le « culot » de certains responsables politiques en poste depuis des années « qui demandent aujourd'hui où on en est au niveau de l'électricité et de l'eau ». « Certains devraient avoir honte de demander ce que le gouvernement a fait. Bien sûr que j’ai des critiques à formuler, mais ce gouvernement n'a connu que la guerre depuis le début », a-t-il plaidé.
Pierre Bou Assi (FL) a affirmé « douter que des investissements étrangers arrivent au Liban », tandis que Raed Berro a critiqué le fait que le gouvernement prévoierait « un budget zéro » pour l'armée. Il a ajouté avoir « peur pour le gouvernement », confronté dès la première année de son existence à la reprise de la guerre entre Israël et le Hezbollah, arguant que « dans ces conditions, aucun autre gouvernement ne pourra travailler ».
Par ailleurs, un vif échange a eu lieu entre le député sunnite Bilal Hocheimi et des députés du bloc du Courant patriotique libre, autour de l’électricité, le premier critiquant la gestion de ce dossier à la fin des années 2010. Cesar Abi Khalil (CPL), ministre de l’Énergie et de l’Eau de décembre 2016 à janvier 2019, a alors interrompu Bilal Hocheimi, avant qu’un échange tendu ne l'oppose à Cesar Abi Khalil, ainsi que Sélim Aoun, également député aouniste.
« À entendre certains, on croirait presque que la crise de l’électricité a commencé avec ce gouvernement », a ironisé Nawaf Salam en conclusion de son discours et en réponse aux critiques. Et d’ajouter : « En réalité, ce que paie aujourd’hui le citoyen libanais est, dans une large mesure, le coût de plus de deux décennies de négligence dans le développement du secteur de l’électricité ». Concernant les négociations avec Israël, le Premier ministre a affirmé « ne pas prétendre que les résultats que nous souhaitons ont été atteints », tout en soulignant qu'elles n'étaient « pas encore terminées ».
En juillet 2025, le cabinet avait déjà obtenu le renouvellement de la confiance du Parlement par 69 voix contre neuf, avec quatre abstentions. Il s’agissait alors du premier débat de politique générale organisé à la Chambre depuis 2017.

Le hezbollah s’est donc retiré au moment du vote. Le retrait est devenu l’emblême de la milice. Du retrait partout, en syrie, au parlement et sur le terrain. On est bien loin des fanfaronnades d’antan, et finalement l’arme ultime de la milce c’est sa haine et sa langue fourchue. On savait bien que berry allait jouer le rôle du modéré, reste à savoir quel service il a demandé pour le faire. La réponse de salam est pesée mais claire et il a bien dit les quatre vérités. Quant à notre bassil national…
07 h 28, le 17 septembre 2026