Des Iraniens visitent une exposition présentant des missiles et des drones, le 12 novembre 2025 à Téhéran. Photo AFP
La Russie a secrètement aidé l'Iran à développer des missiles de croisière supersoniques de pointe, dans le cadre de l'un des transferts de technologie militaire stratégique les plus importants connus de Moscou à Téhéran, révèle le Financial Times (FT) dans une enquête publiée mercredi.
L'existence de ce programme, qui a débuté en 2023 et s'est poursuivi pendant la guerre israélo-américaine contre l'Iran, a pu être révélée grâce à des fuites de correspondance russe, de documents de voyage et à l'analyse de brevets militaires, explique le FT. Ce programme clandestin pluriannuel, baptisé C430L, a mobilisé certains des spécialistes russes les plus expérimentés en matière de missiles afin d'aider l'Iran à développer une nouvelle classe d'armes capable de menacer les porte-avions américains et autres navires de guerre au Moyen-Orient.
« L'objectif principal du C430L est d'aider l'Iran à développer un système de propulsion par statoréacteur, un moteur permettant à un missile de croisière de voler à plusieurs fois la vitesse du son. Des experts en missiles et des spécialistes militaires ont indiqué que cette technologie était très probablement destinée aux missiles de croisière antinavires et d'attaque terrestre », explique le quotidien britannique. « Un tel programme nécessiterait l'aval politique des plus hautes instances russes », indique un expert en missiles iraniens interrogé par le FT.
Le C340 L « s'inscrit dans le cadre du renforcement des relations militaires stratégiques entre la Russie et l'Iran. Téhéran a fourni à Moscou des drones d'attaque Shahed, qui ont joué un rôle important dans la guerre menée par la Russie en Ukraine, et a aidé Moscou à en établir la production sur son territoire », poursuit le quotidien. Il explique par ailleurs que « les missiles de croisière supersoniques allient vitesse et capacité de voler à basse altitude, réduisant ainsi le temps dont disposent les systèmes de défense aérienne et antimissile sophistiqués pour les détecter et les intercepter ».
« Stratégie coordonnée au plus haut niveau »
Si l'Iran a développé des missiles balistiques de plus en plus sophistiqués ces dernières années, la maîtrise d'un missile de croisière supersonique demeure une lacune technologique majeure de son arsenal, indique le FT, ce qui expliquerait le recours à la technologie russe. « Les efforts déployés par Téhéran pour combler cette lacune – par le biais de l'ingénierie militaire nationale, d'acquisitions illicites à l'étranger et de tentatives de rétro-ingénierie de systèmes étrangers – s'inscrivent dans une stratégie coordonnée au plus haut niveau depuis des décennies », poursuit l'enquête.
Des responsables ukrainiens et occidentaux ont accusé ces derniers mois la Russie d'avoir apporté un soutien militaire à l'Iran durant sa guerre contre les États-Unis et Israël, notamment en lui fournissant des images satellites, un appui en matière de drones et des composants d'armement. Le programme C430L représente une forme de coopération plus poussée, Moscou aidant Téhéran à acquérir le savoir-faire nécessaire au développement de son propre système d'armement stratégique avancé, analyse le FT.
L'enquête révèle également que le programme d'assistance en matière de missiles supersoniques a été mis en place par Rosoboronexport, l'agence russe d'exportation d'armements, qui a coordonné le projet avec NPO Mashinostroyenia. Les États-Unis ont imposé des sanctions à NPO Mashinostroyenia en 2014, rappelle le quotidien. Des documents de voyage divulgués et consultés par le Financial Times montrent que des responsables russes de l'exportation d'armements et plusieurs ingénieurs de haut rang de NPO Mashinostroyenia se sont rendus à plusieurs reprises en Iran avant la signature officielle du contrat C430L avec le ministère iranien de la Défense et de la Logistique des forces armées en novembre 2023.



Et alors? Seuls les Américains et les Israéliens ont le droit de s'armer ?
17 h 46, le 02 septembre 2026