Sans attendre la publication du texte officiel de l’accord-cadre irano-américain, cet évènement était déjà bruyamment salué un peu partout dans le monde. Et pourtant, ce n’est là encore que l’expression d’une volonté commune de parvenir à un règlement définitif dans un délai de soixante jours : le dossier capital du nucléaire, le pourquoi de cette guerre dantesque initiée le 28 février, étant fort curieusement programmé pour la dernière tranche de discussions. Or Dieu seul sait ce qui peut se passer en soixante jours dans une région aussi volatile que le Moyen-Orient.
En attendant, on continuera sans doute de débattre des gains et pertes que retirent les deux belligérants de cette déclaration de (bonnes ?) intentions. Sans omettre de rappeler en boucle qu’il a fait bien mieux que Barack Obama, Donald Trump se vante d’avoir conjuré à jamais le spectre d’une bombe A persane. Il se gagne la reconnaissance éperdue des économies mondiales avec la réouverture d’un détroit d’Ormuz objet de blocus et contre-blocus, et qui était parfaitement navigable avant l’ouragan. L’Iran lui-même n’est pas le dernier à en profiter, puisqu’il va être en mesure d’exporter son pétrole, parallèlement à la levée progressive des sanctions qui le frappaient.
Mais surtout le régime de Téhéran, promis à tous les enfers, est toujours là, même si ce premier résultat de la négociation fait la part belle à ses éléments jugés les moins radicaux. Le seul fait d’avoir survécu à un choc frontal avec la première superpuissance mondiale est pour la République islamique motif à célébration domestique. De signer une convention bilatérale avec le Grand Satan américain achève de conférer légalité et légitimité internationales à un État longtemps qualifié de voyou.
Le plus grave reste cependant la reconnaissance formelle par Washington de l’influence régionale de l’Iran : phénomène particulièrement évident au Liban, comme le veut la malédiction qui nous poursuit. Car pressés de parvenir à une entente, les Américains ont fort maladroitement géré l’inclusion du front libanais à la trêve en Iran. Non point bien sûr que notre pays n’ait pas désespérément besoin de souffler ; ou encore qu’il puisse s’offrir le luxe de bouder une quelconque accalmie, fût-elle même un cadeau du diable.
Il n’en reste pas moins que c’est une double erreur, tant psychologique que stratégique, qu’a commise le négociateur US. Renonçant au principe de dissociation des deux dossiers, ce dernier a d’abord cédé aux Iraniens le mérite, largement exploité d’ailleurs par leur propagande, d’un providentiel répit pour ces mêmes Libanais dont Washington assure ne vouloir que du bien. On sait déjà avec quelle colère Israël, frustré de n'avoir pu pousser plus avant son offensive dans le sud du Liban, s’est dit non concerné par ces dispositions. Cette situation pourrait de même entraîner un raidissement diplomatique israélien lors de la reprise, dans les tout prochains jours, des pourparlers déjà ardus qu’a résolument engagés l’État libanais sous les auspices de l’Amérique.
Énorme, on le voit, est le gâchis. Pour le même prix, le businessman accompli qu’est Donald Trump aurait pu agir en amont, s’adjuger le beau rôle, imposer aux Iraniens sa propre règle du jeu et faciliter d’autant la tâche à un État libanais dont ils n’arrêtent pas de louer l’extraordinaire courage...
Mais au fait, duquel des Trump parle-t-on ? Comment décoder ce qui se passe dans la tête de l’homme le plus puissant de la Terre ? Considérablement plus déroutantes que les termes supposés du protocole d’accord sont les bombes que le chef de la Maison-Blanche a lâchées mardi, en dense chapelet, en marge du sommet du G7 à Évian. Le même président qui proteste volontiers de son amicale admiration pour le pays du Cèdre qualifie ainsi de secondaire le front libanais, où pourtant le sang ne cesse de couler à flots. Comme il l’avait déjà fait à Gaza, ce n’est pas tant sa brutalité qu’il reproche à Netanyahu, que sa lenteur à accomplir le job. Il en vient ainsi à suggérer à Israël de laisser faire plutôt le Syrien Ahmad al-Chareh, déjà pressenti début juin et qui a décliné l’invitation ; dans un pays déjà en proie à des tensions sectaires, c’est en somme un bain de sang entre islamistes sunnites et chiites que préconise de la sorte le personnage qui convoite le Nobel de la paix. Sans même se rendre compte de ses contradictions, il finit par estimer qu’il faut parler au Hezbollah : démarche tentée dès le départ par un pouvoir libanais soucieux d’éviter la guerre civile, et qui s’était vu accusé de laxisme par le même et sempiternel Washington.
Déjà signé électroniquement, l’accord-cadre sera scellé en grande pompe vendredi en Suisse, pays neutre tirant une légitime fierté de sa haute précision, notamment en matière d’horlogerie : qualité qui manque encore à un document qui se borne à énoncer des principes généraux. C’est maintenant seulement que tout va commencer, avertit fort à propos la Chine.


Accord Iran-États-Unis : le délai accordé à Israël pour se retirer du Liban « est de deux mois », selon Raad
Trump, qui avait, jusque là, cru naïvement au plan israélien que l'iran tomberait comme un fruit mûr sous les coups de boutoir conjoints israélo-americain après l'assassinat du chef suprême iranien, réalise aujourd'hui son erreur. Bibi, lui, persiste et signe au Liban après 47 ans d'erreurs stratégiques et de crimes contre l'humanité jusqu'au génocide du peuple palestinien et l'épuration ethnique des chiites du sud. trump sera-t-l capable de tenir son allié fermement en laisse ? Difficile. Pour ce faire, il faut de la fermeté et ténacité, ce que manque Trump à bien des égards.
14 h 05, le 17 juin 2026